OpenAI diversifie sa gamme de produits avec une série d’annonces s’étalant d’octobre 2025 à 2026. L’entreprise s’éloigne de la stratégie du “chatbot unique pour tout faire” pour proposer des outils spécialisés : ChatGPT Health pour le suivi médical, Prism pour la recherche scientifique, Aardvark pour la cybersécurité et ChatGPT Go pour l’accessibilité grand public.
Cette segmentation permet à OpenAI d’adresser des marchés aux contraintes très différentes — de la rigueur HIPAA du secteur médical à la sensibilité prix des marchés émergents — tout en répondant à la concurrence de Google et Anthropic sur des verticaux précis.
ChatGPT Health : un silo sécurisé pour les données médicales
Annoncé le 7 janvier 2026, ChatGPT Health est un environnement dédié au sein de l’application, conçu pour traiter les données de santé personnelles. Contrairement à l’approche généraliste, ce module permet de connecter des sources externes comme Apple Health, Function ou MyFitnessPal pour analyser des dossiers médicaux, préparer des consultations ou suivre des indicateurs biométriques.
L’architecture technique repose sur l’isolation : les conversations et les données de santé sont traitées avec un chiffrement spécifique et ne servent pas à l’entraînement des modèles standards. OpenAI prend ici le contrepied des intégrations “tout-en-un” (comme l’accès aux emails ou documents personnels via Gemini), en privilégiant un silo étanche pour rassurer sur la confidentialité.
Le produit a été développé en collaboration avec plus de 260 médecins dans 60 pays, générant 600 000 retours qualitatifs sur deux ans. Une version entreprise, OpenAI for Healthcare, cible simultanément les hôpitaux et cliniques pour l’aide au raisonnement clinique et la réduction de la charge administrative. Pour l’heure, ces produits sont en déploiement limité aux États-Unis, le cadre RGPD européen imposant des délais supplémentaires.
Prism : l’IA native pour la recherche scientifique
Avec Prism, annoncé le 27 janvier 2026, OpenAI cible la communauté académique. Il s’agit d’un environnement de travail (workspace) intégrant nativement LaTeX et le modèle GPT-5.2. L’outil vise à fluidifier l’écriture, la synthèse et la collaboration sur des papiers de recherche.
Là où des outils comme Overleaf dominent l’édition collaborative, Prism tente d’imposer le modèle de langage comme co-auteur capable de gérer la syntaxe complexe de LaTeX et la structuration d’arguments scientifiques. C’est une réponse directe aux besoins de précision des chercheurs, souvent mal servis par les interfaces de chat généralistes qui hallucinent les références ou échouent sur la mise en page technique.
Aardvark : l’agent autonome de cybersécurité
Dévoilé fin octobre 2025, Aardvark marque une étape dans l’agentification des modèles. Ce n’est pas un chatbot, mais un agent autonome capable de scanner du code, d’identifier des vulnérabilités et de proposer des correctifs. En phase de test (private beta), il a déjà permis d’identifier plus de 10 failles de niveau CVE (Common Vulnerabilities and Exposures).
Cette approche rejoint la tendance observée avec Codex, où l’IA ne se contente plus de générer du texte sur demande, mais exécute des tâches complexes avec un objectif défini. Aardvark positionne OpenAI sur le marché de l’AppSec (sécurité applicative), face aux outils statiques traditionnels et aux assistants de code comme GitHub Copilot.
ChatGPT Go : abaisser la barrière à l’entrée
Face à la disponibilité gratuite de l’IA dans les moteurs de recherche — Google ayant intégré Gemini par défaut dans Search fin 2025 — OpenAI répond sur le terrain de l’accessibilité avec ChatGPT Go.
Lancé initialement en Inde en août 2025 et étendu mondialement début 2026, ce tier d’abonnement “low-cost” (environ 8 $/mois) offre un accès plus rapide et prioritaire par rapport à la version gratuite, sans atteindre le prix du forfait Plus (20 $). Il vise les utilisateurs sensibles au prix et les marchés émergents, cherchant à maintenir une base d’utilisateurs massive face aux alternatives gratuites de plus en plus performantes de Google ou Anthropic (Claude).
Ce qu’il faut retenir
OpenAI ne vend plus seulement “de l’intelligence”, mais des solutions adaptées aux contraintes de chaque métier. ChatGPT Health et Healthcare parient sur la confiance et l’isolation des données pour pénétrer le secteur médical. Prism et Aardvark démontrent une verticalisation technique (science et sécurité), tandis que ChatGPT Go protège les parts de marché grand public par le bas. Cette fragmentation de l’offre marque la fin de l’époque où une seule interface de chat suffisait à tous les usages.
Sources :
- https://openai.com/index/introducing-chatgpt-health/
- https://openai.com/index/openai-for-healthcare/
- https://openai.com/index/introducing-prism/
- https://openai.com/index/introducing-aardvark/
- https://openai.com/index/introducing-chatgpt-go/
- https://www.numerama.com/tech/2155471-marre-de-ne-rien-comprendre-a-vos-comptes-rendus-medicaux-openai-lance-chatgpt-health-mais-pas-pour-tout-le-monde.html